AGRICULTURE :
Durcissement des positions sur les produits spéciaux et les mécanismes
de sauvegarde spéciale.
Les membres de l'OMC
n'arrivent pas à trouver une convergence sur le traitement spécial pour
les pays en développement dans les négociations du cycle de Doha. Les
pays sont restés sur leurs positions, ce qui bloque encore une fois
les négociations agricoles. Les produis spéciaux et les mécanismes de
sauvegarde spéciale ont été au cœur des divergences entres les membres
au cour d'une réunion au début du mois d'Avril. La controverse particulière
de cette réunion qui était ouverte à tous les membres de l'OMC venait
du fait que les pays en développement veulent exclure des lignes tarifaires
certains produits en se fondant sur les besoins de la sécurité alimentaire,
la sécurité des moyens de subsistance et du développement rural. Il
a aussi été question lors de cette réunion des mécanismes de sauvegarde
spéciale (MSS), que les pays en développement seront en mesure d'utiliser
pour élever les niveaux tarifaires temporairement dans le cas d'une
forte augmentation des importations ou une dépression des prix.
Les exportateurs
font circuler une nouvelle proposition sur les produits spéciaux
Un groupe de pays
exportateurs (Australie, Canada, Costa Rica, Malaisie, Nouvelle-Zélande,
Paraguay, Thaïlande, États-Unis et Uruguay) a mis en distribution, la
semaine passée, un document appelant à permettre aux pays en développement
de désigner au maximum 8% des lignes tarifaires comme 'spéciales' -
contre les 20% préconisés par le groupe G-33.
Aux fins de la nouvelle
proposition, la moitié de ces lignes tarifaires 'spéciales' ferait l'objet
d'un abaissement de 25% et l'autre moitié, d'un abaissement de 15%.
Les pays pourraient être autorisés à exempter pleinement de réduction
pas plus de 1% des lignes tarifaires, à la condition que celles-ci ne
dépassent pas certains seuils de valeur des importations et de commerce
Sud-Sud. Dans ce cas, seulement 3% des lignes tarifaires seraient éligibles
pour l'abaissement de 15%. Le G-33 de pays en développement, qui défend
les principes à la fois des produits spéciaux et du Mécanisme de sauvegarde
spéciale, a appelé à l'exemption de 8% des lignes tarifaires. Dans une
déclaration, le groupe a affirmé que la proposition des exportateurs
n'était pas constructive et qu'elle " creuse le fossé " sur les produits
spéciaux.
Le G-33 a fait valoir
que les conditions des 'super-spéciales' exemptées de réduction, en
particulier la prescription selon laquelle elles ne devraient compter
que pour 0,5% des importations totales d'un pays pour un produit, rendrait
la flexibilité essentiellement vide de sens. Le groupe a également appelé
à un " mécanisme d'échange " entre les produits spéciaux et 'sensibles,
pour lesquels tous les pays, développés et en développement, seront
en mesure de prévoir des abaissements tarifaires plus faibles en échange
d'une expansion des contingents d'importations. Le groupe fait valoir
que ceci est nécessaire, car de nombreux pays en développement n'ont
pas de contingents tarifaires et ne seront pas en mesure de tirer pleinement
profit du recours aux produits sensibles. Le taux d'échange proposé
par le G-33 est de trois pour deux, c'est-à-dire un droit de désigner
3% des produits comme sensibles devrait être convertible en un supplément
de 2% des produits spéciaux (jusqu'à un maximum de 25% de toutes les
lignes tarifaires).
Produits sensibles
On attendait de
six pays des notes explicatives concernant un accord complexe qu'ils
avaient conclu il y a deux semaines sur des méthodes de calcul de l'expansion
des contingents tarifaires pour les produits sensibles.
Toutefois, en raison
de l'absence d'entente interne sur la sous-catégorisation et la sous-affectation
- aux fins desquelles les catégories larges de produits seraient divisées
en catégories restreintes, afin d'assurer la protection de produits
spécifiques - les notes n'ont pas été présentées.
Produits tropicaux
et érosion des préférences
Au cours des dernières
semaines, les discussions sur les produits sensibles ont examiné la
tension entre les mandats distincts en vue d'une libéralisation rapide
des échanges pour les produits tropicaux, et les mesures devant prendre
en compte les effets de l'érosion de préférences commerciales de longue
date pour certaines des mêmes récoltes, notamment le sucre et la banane.
Les bénéficiaires
de préférences au sein du Groupe ACP souhaitent que leurs marchés d'exportation
clés désignent ces produits comme 'sensibles'. En réduisant la profondeur
des abaissements tarifaires multilatéraux, ceci minimiserait la marge
d'érosion de leur accès préférentiel.
Par ailleurs, le
groupe des produits tropicaux - essentiellement des pays latino-américains
qui ne bénéficient pas de préférences - insiste sur le fait que le mandat
de Doha prévoit la 'libéralisation la plus totale' du commerce des produits
tropicaux.
Selon les membres
du Groupe ACP, il n'y avait pas de hiérarchie entre les produits tropicaux
et l'érosion des préférences.
Au cours des consultations
informelles, les membres du groupe des produits tropicaux ont rencontré
les pays développés pour convenir d'une liste potentielle de produits
tropicaux ne devant pas figurer sur une liste de produits sensibles,
a déclaré un délégué. La liste proposée serait le fruit d'un compromis
entre les deux groupes concernés et ne serait pas fondée sur une définition
stricte des produits tropicaux.
Mécanisme de
sauvegarde spéciale
En ce qui concerne
le mécanisme de sauvegarde spéciale (MSS), le G-33 a assoupli sa position,
en renonçant à un appel à rendre tous les produits éligibles pour une
hausse des droits tarifaires au titre du MSS, pour demander que les
produits visés soient équivalents au pourcentage de lignes tarifaires
ciblés par la sauvegarde agricole spéciale existante utilisée essentiellement
par les pays développés.
Cette position représente
un changement par rapport au projet de texte mis en distribution en
février par Falconer. Ce texte contenait des options selon lesquelles
soit tous les produits, soit un pourcentage donné, rempliraient les
conditions pour bénéficier du MSS. La proposition récente du G-33 visant
à avoir un nombre équivalent de lignes tarifaires éligibles au titre
du MSS et de la sauvegarde agricole spéciale est peut être un pas vers
un compromis.
Les pays exportateurs
se sont opposés aux dispositions du MSS qui permettraient aux Membres
de rehausser les droits tarifaires appliqués à des niveaux consolidés,
en invoquant le différend relatif à la fourchette de prix chilienne
- Price Band. Dans ce différend, l'Organe d'appel de l'OMC avait jugé
que les droits tarifaires chiliens sur les produits agricoles, y compris
le blé et le sucre, qui variaient automatiquement par rapport aux prix
du marché et à d'autres facteurs externes, n'étaient pas en conformité
avec les dispositions de l'Accord sur l'agriculture qui s'opposent aux
'prélèvements variables sur les importations' et aux prix minimaux à
l'importation.'
Le G-33 a spécifié
qu'une nation souveraine pouvait rehausser ses droits tarifaires aux
niveaux consolidés, sans que cela soit considéré comme un prélèvement
variable sur les importations, s'il s'agit d'une procédure administrative,
et non d'une réponse automatique. Le G-33 a en outre réitéré que pour
que le MSS soit efficace, des droits additionnels devraient pouvoir
rehausser les droits tarifaires au-delà des niveaux consolidés, si nécessaire.
Certains membres
de l'omc ont proposé un " processus de négociation horizontal " qui
englobera tous les produits industriels, l'agriculture et les services
mais cela ne serait possible que si des décisions claires sont prises
sur les produits spéciaux et les mesures de sauvegardes spéciale. C'est
ce qui constituerait le gage de la conclusion des négociations agricoles
selon certains pays en développement. Le président du comité agricole
qui avait promis un projet de texte révisé prochainement a décidé de
repousser l'échéance sur demande de certains membres qui pensent qu'ils
est nécessaire de disposer davantage de temps avant l'élaboration d'une
autre révision du projet de "modalités. La prochaine révision ne sera
certainement pas distribuée avant la semaine du 12 mai. Le calendrier
serré représente toutefois un compromis entre les Membres qui veulent
plus de temps et ceux qui ne veulent plus attendre, et reflète la course
contre la montre à laquelle tous sont soumis.